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    Technique

    Nom de domaine en Suisse : .ch, .swiss ou .com, comment le choisir et le garder à votre nom

    Par Dylan Kaeppeli12 octobre 202610 min de lecture
    Nom de domaine en Suisse : .ch, .swiss ou .com, comment le choisir et le garder à votre nom

    Votre nom de domaine est-il vraiment à vous ? Comment choisir entre .ch, .swiss et .com, qui gère quoi, comment vérifier le titulaire, préparer un changement d'agence, et neuf vérifications à faire aujourd'hui.

    Le jour où le site disparaît, et personne ne sait à qui téléphoner

    Imaginons un lundi matin. Un client appelle une entreprise de Suisse romande : « Votre site ne répond plus, et j'ai un message d'erreur quand je vous écris. » La patronne ouvre son ordinateur. Le site est introuvable, les emails reviennent en erreur. Elle appelle le neveu qui avait tout monté six ans plus tôt : il a déménagé, il ne se souvient plus sur quel compte il avait acheté le nom. Elle appelle l'agence suivante : le domaine n'est pas chez eux. Personne ne sait qui en est le titulaire.

    Rien de spectaculaire, et c'est bien le problème : le nom de domaine se renouvelle en silence, et on l'oublie jusqu'au jour où il manque.

    Cet article répond à deux questions : comment choisir son nom de domaine (.ch, .swiss ou .com), et surtout comment être sûr qu'il vous appartient vraiment.

    La réponse courte

    Pour une PME suisse, le .ch est le choix par défaut. Il dit d'où vous venez, il est familier pour vos clients, et il ne demande pas de démarche particulière. Le .swiss est une option réservée à certains demandeurs, avec des conditions d'attribution précises. Le .com se justifie si vous visez une clientèle hors de Suisse, ou en complément pour protéger une variante.

    Le point qui compte plus que l'extension : le domaine doit être enregistré au nom de votre entreprise. Pas au nom de l'agence, pas au nom de l'indépendant qui a fait le site, pas au nom d'un ancien collaborateur. Le titulaire d'un domaine, c'est celui à qui il appartient. Si ce n'est pas vous, vous louez votre adresse web sans le savoir, et votre marge de manœuvre, le jour où la relation s'arrête, dépend de la bonne volonté d'un tiers.

    Choisir : .ch, .swiss ou .com

    Le .ch, la valeur sûre

    Le .ch est le domaine de la Suisse. Selon le site nic.ch, SWITCH est le registre officiel des noms de domaine en .ch, sur mandat de l'Office fédéral de la communication (OFCOM). Pour une entreprise qui vise la Suisse romande, c'est le point de départ naturel.

    Le .swiss, plus rare et plus encadré

    Le .swiss est exploité par l'OFCOM, et il n'est pas attribué à tout le monde. D'après la page de l'OFCOM consacrée à ce domaine, il était à l'origine réservé aux entreprises inscrites au registre du commerce ayant leur siège et un réel site administratif en Suisse, aux collectivités publiques, aux associations et aux fondations suisses. Depuis le 1er janvier 2024, les personnes physiques et les entreprises individuelles non inscrites au registre du commerce peuvent aussi en obtenir un. Pour ces dernières, la dénomination demandée doit en principe contenir un ou plusieurs noms de famille ou d'autres noms enregistrés à l'état civil. Les autres demandeurs doivent pouvoir justifier un rapport objectif avec le nom demandé.

    Vérifiez vos conditions sur la page de l'OFCOM ou sur dot.swiss avant d'y investir du temps.

    Le .com, pour l'international

    Le .com n'est pas rattaché à la Suisse. Il a du sens si vous vendez à l'étranger, ou pour protéger une variante. Pour une entreprise qui travaille uniquement en Suisse romande, il n'est pas indispensable.

    Un bon nom, en quatre critères

    • Court. Chaque lettre en plus est une occasion de faute de frappe.
    • Prononçable au téléphone. Faites le test : dictez-le à quelqu'un sans l'épeler. S'il faut préciser « avec deux s » ou « le y grec », le nom est fragile.
    • Sans tiret ambigu. Un tiret se perd à l'oral et s'oublie à l'écrit.
    • Difficile à confondre avec le nom d'un concurrent ou d'un mot proche.

    Réservez aussi les variantes utiles : la faute de frappe la plus courante, la version avec ou sans accent si votre nom en comporte, éventuellement une seconde extension.

    Un mot enfin sur les droits d'autrui. Avant de figer un nom, vérifiez qu'il ne ressemble pas trop à la marque ou à la raison sociale d'une autre entreprise de votre secteur. En cas de doute, un avis juridique sur ce point précis coûte moins cher qu'un litige après l'impression des cartes de visite.

    Qui gère quoi : registre, registraire, titulaire

    C'est ici que naît la confusion, parce que trois acteurs interviennent et qu'on ne sait pas toujours lesquels.

    • Le registre tient la liste officielle des domaines d'une extension. Pour le .ch et le .li, c'est SWITCH. Pour le .swiss, c'est l'OFCOM.
    • Le registraire est l'entreprise auprès de laquelle vous enregistrez et gérez votre domaine. Le site nic.ch indique que l'on n'enregistre pas un .ch directement chez SWITCH : on choisit un registraire dans la liste que SWITCH publie. Pour le .swiss, l'OFCOM indique de s'adresser à l'un des registraires accrédités ou à l'un de leurs revendeurs.
    • Le titulaire est la personne ou l'entreprise à qui le domaine appartient. C'est vous, ou cela devrait l'être.

    Le point central : titulaire, contact technique, accès au compte

    Trois notions se ressemblent et ne sont pas la même chose.

    1. Le titulaire : à qui appartient le domaine. C'est la donnée qui compte.
    2. Le contact technique : la personne désignée pour les aspects techniques. Le registre .ch distingue bien ces deux rôles dans ses données.
    3. L'accès au compte du registraire : l'identifiant et le mot de passe qui permettent de modifier, renouveler ou transférer le domaine. C'est un droit d'usage, pas un droit de propriété.

    Vous pouvez donc être titulaire sans avoir l'accès au compte (l'agence l'a créé et le garde), ou avoir l'accès sans être titulaire (le domaine est au nom du neveu, et vous avez le mot de passe qu'il vous a donné). La situation saine : titulaire = votre entreprise, accès au compte = au moins deux personnes chez vous, adresse de contact = une boîte partagée, pas un email personnel.

    Comment vérifier qui est titulaire

    Vous pouvez interroger le registre .ch vous-même, mais il faut savoir ce qu'il montre. D'après le site nic.ch, la requête publique indique le registraire et des détails techniques, mais aucune information sur le détenteur du nom de domaine. Le service RDAP de SWITCH, de son côté, n'affiche pas aux utilisateurs anonymes les informations sur le titulaire ni sur le contact technique.

    Autrement dit, vous ne pouvez pas lire le nom du titulaire d'un .ch avec une simple recherche publique. Ce que la requête vous apprend, c'est quel registraire gère le domaine. C'est déjà l'information décisive : la réponse se trouve chez lui.

    La vérification se fait donc ainsi :

    1. Identifiez le registraire avec la requête publique de nic.ch.
    2. Demandez à votre prestataire, par écrit, à quel nom le domaine est enregistré et sur quel compte de registraire il se trouve.
    3. Connectez-vous vous-même à ce compte, ou faites-vous ajouter comme utilisateur, et lisez les données du titulaire.
    4. Si le titulaire n'est pas votre entreprise, demandez la correction auprès du registraire, qui vous indiquera la procédure.

    Changer d'agence : ce qu'il faut demander

    Le jour où vous changez de prestataire, le domaine ne doit pas devenir un otage. Si vous voulez le déplacer chez un autre registraire, le site nic.ch précise qu'il faut un code de transfert (Auth-Code), que l'on obtient auprès de son registraire actuel. D'où l'importance de savoir qui il est.

    Ce qu'il faut demander à l'ancien prestataire :

    • le nom du titulaire enregistré, et sa correction si ce n'est pas vous ;
    • le code de transfert, si vous changez de registraire ;
    • la liste des enregistrements DNS actuels (site, email, vérifications diverses), pour ne rien casser ;
    • l'accès aux boîtes email rattachées au domaine.

    Notre article sur comment choisir son agence web en Suisse romande revient sur les questions à poser avant de signer : celle du domaine devrait en faire partie, dès le contrat.

    Le renouvellement : une échéance qu'on oublie

    Un domaine ne s'achète pas à vie : il est enregistré pour une durée, puis renouvelé. Les conditions de facturation et de rappel dépendent de votre registraire. Trois réflexes évitent l'essentiel des accidents.

    • Notez l'échéance dans un agenda partagé, pas dans la tête de quelqu'un.
    • Activez le renouvellement automatique si votre registraire le propose, avec un moyen de paiement valide.
    • Vérifiez que l'adresse de contact est à jour et lue. C'est en général à cette adresse que le registraire écrit avant l'échéance. Si elle pointe vers un ancien employé, ou vers une adresse qui utilise le domaine lui-même (donc qui cessera de fonctionner le jour où il expire), personne ne verra l'avis.

    Que se passe-t-il si l'échéance est manquée ? Les délais avant l'effacement dépendent du registraire, nous n'en donnons donc pas. Ce que dit SWITCH sur nic.ch concerne la suite : après qu'un nom de domaine .ch ou .li est effacé, il reste 40 jours dans un délai de transition pendant lesquels il ne peut pas être enregistré à nouveau, et le titulaire peut en demander la restauration par l'intermédiaire de son registraire. C'est une marge, pas une garantie : contactez votre registraire dès que vous constatez le problème.

    Une fois le domaine libéré, n'importe qui peut le reprendre. L'Office fédéral de la cybersécurité (ancien NCSC) l'écrit dans une publication du 3 mars 2026 : les domaines ne disparaissent pas, ils redeviennent librement disponibles et sont fréquemment la cible de « domain catching », c'est-à-dire de rachats par des tiers qui exploitent la confiance attachée à l'ancienne adresse. Son conseil : traiter un domaine comme une marque, et en garder le contrôle même si l'activité s'arrête.

    Les emails : la conséquence que l'on oublie

    Quand un domaine expire ou change de mains, le site n'est que la partie visible. Les adresses de type prenom@votre-entreprise.ch cessent de fonctionner aussi. Les messages de vos clients rebondissent. Et si un tiers reprend le domaine, il peut recevoir des messages qui vous étaient destinés, y compris des demandes de réinitialisation de mot de passe pour des comptes créés avec ces adresses. L'office fédéral recommande d'ailleurs de changer l'adresse email de ses comptes avant l'expiration d'un domaine que l'on abandonne.

    Deux conséquences pratiques. D'abord, l'adresse de contact du domaine ne doit jamais dépendre du domaine lui-même. Ensuite, ce sont les enregistrements DNS qui font fonctionner votre messagerie : les casser lors d'un changement d'agence, c'est couper la réception. Notre article sur la newsletter et l'email marketing explique les réglages SPF et DKIM qui protègent l'envoi depuis votre domaine : ils ne servent à rien si le domaine n'est plus à vous.

    Les arnaques : fausses « offres urgentes »

    Certains courriers ou emails exploitent le flou autour des domaines. L'Office fédéral de la cybersécurité (ancien NCSC) décrit une arnaque ancienne, qui vise surtout les entreprises et les associations : une société d'enregistrement inconnue vous écrit pour prétendre qu'un concurrent s'intéresse au même nom avec une autre extension, et que si vous ne répondez pas, ce nom lui sera attribué. La pression du temps et la menace de conséquences graves sont les ressorts habituels. Dans l'exemple publié par l'office, la société se disait forte de plus de dix ans d'expérience alors que son propre nom de domaine n'existait que depuis deux mois.

    Ce que recommande l'office : ignorer simplement ces sollicitations, se méfier des messages qui exigent d'agir tout de suite, et ne jamais cliquer sur les pièces jointes ou les liens d'emails douteux.

    Nous ajoutons un réflexe de bon sens. Un vrai avis de renouvellement vient de votre registraire, celui dont vous connaissez le nom. Si l'expéditeur ne vous dit rien, ne payez pas, et vérifiez en vous connectant directement à votre compte, sans passer par le lien du message.

    Neuf vérifications à faire aujourd'hui

    Comptez une demi-heure.

    1. Notez le nom exact de votre domaine et de chaque variante que vous possédez.
    2. Identifiez le registraire de chacun avec la requête publique de nic.ch.
    3. Retrouvez l'accès au compte chez ce registraire. Si personne ne l'a, contactez le registraire ou le prestataire qui l'avait créé.
    4. Lisez le titulaire. Est-ce votre entreprise, avec sa raison sociale exacte ?
    5. Lisez l'adresse de contact. Est-elle lue, partagée, et indépendante du domaine ?
    6. Relevez la date d'échéance et mettez-la dans un agenda commun, avec un rappel bien avant.
    7. Vérifiez le renouvellement automatique et le moyen de paiement rattaché.
    8. Ajoutez une seconde personne de l'entreprise à l'accès, pour ne pas dépendre d'un seul mot de passe.
    9. Demandez par écrit à votre agence actuelle de confirmer qui est titulaire et où se trouve le domaine.

    Ce qu'il faut retenir

    Le choix de l'extension est une décision d'image : .ch par défaut pour une PME romande, .swiss si vous remplissez ses conditions, .com pour l'international. La vraie question est ailleurs : à qui appartient le domaine, qui en a l'accès, qui reçoit l'avis d'échéance. Un nom bien choisi mais enregistré au nom de quelqu'un d'autre est un risque que l'on peut lever en une demi-heure.

    Si vous n'êtes pas sûr de votre situation, écrivez-nous : nous la regarderons avec vous. Pour aller plus loin sur l'infrastructure de votre site, lisez aussi pourquoi choisir un hébergement en Suisse et comment sécuriser votre site sans être technicien.


    Sources. Site nic.ch de SWITCH : questions générales sur les noms de domaine, et page d'accès RDAP (consultés en septembre 2026). Office fédéral de la communication (OFCOM), page « Les noms de domaine internet .swiss » (consultée en septembre 2026). Office fédéral de la cybersécurité (OFCS, ancien NCSC) : revue de la semaine 21 sur les fausses demandes d'enregistrement de domaines (28 mai 2024) et revue de la semaine 9 sur les anciens noms de domaine tombés entre de mauvaises mains (3 mars 2026).

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